« Je ne jure plus désormais que par le web » par Jérôme Commandeur.

JEROME COMMANDEURMon expérience du web est singulière puisque j’ai critiqué l’instrument pendant de nombreuses années. Etant un enfant de la télé, que j’ai pratiquée 4 ans comme animateur, je trouvais que ce média, contrairement au web avait le mérite de filtrer le contenu, de donner un corps, un statut au programme, ce que par définition le web ne pouvait faire, tout le monde pouvant y accéder ! J’ai longtemps considéré cela comme une « auberge espagnole » du contenu sans intérêt. En outre, au début des années 2000, je croisais tant et tant de connaissances professionnelles sur la touche, se réclamant « directeur artistique de site » que cela provoquait en moi un brin de condescendance, je dois bien l’avouer.

Par la suite, étant devenu humoriste, et de surcroit d’une génération qui n’est pas née avec (33 ans aujourdhui !), j’ai vu affluer sur les plateformes d’échange de vidéo tous les comiques d’un jour qui postaient des vidéos aussi ineptes qu’indigentes. Sans parler des sites de réseaux sociaux où chacun met ligne sa « création », chanson, sketch, prose… Je me suis dit que finalement j’étais peut-être le plus précoce des « vieux cons » !

La croissance rapide des sites de réservation de billets de spectacle ont toutefois commencé à modifier ma vision, les salles de spectacle ne se remplissant quasiment plus qu’ainsi.

Début 2009, les choses ont radicalement changé. Un soir, dépité, trainant sur Facebook, je me suis mis à noter toutes les expressions consacrées du site sur un bout de papier : « je te demande en ami », « je te poke », « je te supprime », « untel te trouve cool » et ai commencé à créer un sketch sur Facebook que j’ai joué sur scène. Dany Boon, mon producteur et metteur en scène, étant l’invité du Grand Journal mi-janvier, m’a gentiment proposé de l’accompagner et de diffuser un petit morceau du sketch. J’ai reçu 1000 demandes d’ami en une nuit sur mon profil, puis fait diffuser le sketch sur la page d’accueil de Dailymotion : 100 000 visites en un week end ! Ma salle s’est remplie à ras bord. Ensuite les tv, radios et presse écrite se sont intéressées au sketch, et n’ont fait que relayer l’info. Aujourd’hui, nous en sommes à 700 000 clics tous sites confondus, et espérons toucher le million en fin d’année !

Je ne jure plus désormais que par le web à tel point que je prépare une parodie musicale pour cet hiver, destinée au web en priorité, et autres médias ensuite… Comme tous ceux qui ont du mal à changer leurs habitudes, je me suis rendu compte tardivement que la vraie force du web, même s’il charriait avec lui beaucoup de vent, était de placer l’artiste en prise directe avec le public, ce dernier devenant alors le véritable « directeur artistique », adhérant ou pas au contenu proposé.

C’est une vraie liberté, très saine.

Jérôme Commandeur